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Trente-trois accords plus tard, Pretoria et Harare cherchent enfin ce qui a marché
Quatre sessions et trente-trois textes signés, les deux pays mesurent enfin les résultats concrets obtenus.
Trente-trois accords. C'est le nombre de textes signés depuis 2015 dans le cadre de la Commission mixte entre l'Afrique du Sud et le Zimbabwe. Trente-trois accords, et une question que les deux capitales évitent soigneusement de formuler à voix haute: combien ont effectivement produit quelque chose de mesurable?
La quatrième session de cette commission, réunie à Pretoria, a au moins le mérite d'avoir posé des jalons concrets. Le président Cyril Ramaphosa a accueilli son homologue zimbabwéen Emmerson Mnangagwa pour ce qui se voulait davantage qu'un exercice diplomatique de routine. Les deux gouvernements ont pris des engagements opérationnels: construction d'un troisième pont sur le fleuve Limpopo, mise en service d'un poste-frontière intégré à Beitbridge, création de capacités de production d'engrais, fabrication de composants automobiles, et valorisation des métaux du groupe platine sur place plutôt qu'à l'état brut. Ce ne sont pas des voeux. Ce sont des projets nommés, portés par deux chefs d'État, inscrits dans un registre de responsabilité qui ne souffre pas l'ambiguité.
Le contexte commercial rend l'exercice nécessaire. Les échanges bilatéraux ont pratiquement doublé en quatre ans, ce qui constitue, selon les critères habituels de la rhétorique intégrationniste africaine, un succès. Sauf que la structure de ces échanges raconte une autre histoire: les exportations sud-africaines vers le Zimbabwe dominent largement le flux inverse. Ramaphosa a reconnu ce déséquilibre comme un problème de politique publique, pas comme un accident de calendrier. Il a proposé d'utiliser la Zone de libre-échange continentale africaine non pas comme un symbole d'ambition collective, mais comme un mécanisme précis pour rééquilibrer la composition des échanges vers des biens à plus haute valeur ajoutée.
L'infrastructure est au coeur du raisonnement. Routes et ponts reliant usines et exploitations agricoles aux marchés, réseaux d'énergie connectant production et consommateurs, systèmes d'eau allant des barrages aux réseaux de distribution, corridors de transport liant les pays entre eux: Ramaphosa a présenté la connectivité physique non comme un sous-produit de l'intégration, mais comme sa condition préalable. Ce cadrage est politiquement honnête. Il déplace la responsabilité vers l'investissement concret plutôt que vers la signature de textes.
L'industrie minière a occupé une place particulière dans les discussions ministérielles. L'essor de la production zimbabwéenne d'or, de platine et de lithium a été évoqué avec insistance, Ramaphosa plaidant pour que les deux États imposent une transition vers la transformation locale plutôt que l'exportation de matières premières brutes. Cette position s'inscrit dans un courant plus large de politique africaine de valorisation industrielle, mais elle impose une contrainte réglementaire réelle aux deux parties. La rhétorique de la bénéficiation est ancienne. L'engagement à la faire respecter est plus rare.
Par ailleurs, l'agenda de la commission ne s'est pas arrêté là. Énergie, agriculture, transport, logistique, gestion de l'eau: chacun de ces secteurs a été identifié comme nécessitant soit une coordination de politique publique, soit un investissement conjoint. L'étendue de cette liste est à la fois impressionnante et familière. Dans les enceintes de ce type, la largeur de l'ambition est souvent inversement proportionnelle à la profondeur de l'exécution.
La session a été précédée d'un Forum d'affaires Afrique du Sud-Zimbabwe tenu à Midrand, réunissant responsables gouvernementaux et représentants du secteur privé. Ce parallélisme institutionnel n'est pas anodin. Il traduit une lucidité que les sommets bilatéraux n'affichent pas toujours: les engagements d'État ne produisent rien sans relais privé. Le forum avait explicitement pour rôle de combler cet écart. Que ce rôle soit tenu est une autre affaire.
Le bilan institutionnel de la Commission mixte depuis sa création en 2015 fournit le vrai étalon d'interprétation. Plus de trente-trois accords et mémorandums ont été conclus en moins de dix ans. Ce corpus est substantiel. Mais signer un accord et le mettre en oeuvre sont deux opérations que les administrations des deux pays connaissent bien, et qu'elles ne confondent pas toujours dans la pratique.
Ce qui distingue la quatrième session, si elle tient ses promesses, c'est le passage d'un langage de coopération à un langage de livraison. Le pont sur le Limpopo sera construit ou il ne le sera pas. Le poste de Beitbridge fonctionnera en guichet unique ou il n'entrera pas en service (c'est, en somme, la différence entre un communiqué et un chantier). Ces engagements sont vérifiables. C'est précisément ce qui les rend utiles, et la question qui se posera dans les mois à venir est simple: qui sera chargé de vérifier, et avec quelle autorité?