[DISPATCH 077]· 05.09.26 / 10:52 UTC · CYBERCITY· CÉLESTE AH-KOON
Révoqué avant tout jugement, le major général Khan emporte avec lui 39 millions de questio
Son éviction administrative laisse intactes les questions sur 39 millions de rands et une trentaine de véhicules inexpliqués.
Le major général Feroz Khan, ancien numéro deux du renseignement criminel au sein de la South African Police Service, n'a pas attendu le verdict des tribunaux pour voir son sort réglé. Sa destitution, prononcée le mercredi 2 septembre, n'a pas mis fin à l'affaire. Elle a simplement retiré du tableau un protagoniste qui refusait de s'y asseoir.
La SAPS a révoqué Khan en vertu de la Regulation 9(7)(b) du règlement disciplinaire, après qu'il ne s'est pas présenté devant l'officier désigné pour superviser une procédure accélérée. La Labour Court avait, en amont, rejeté sa demande urgente visant à bloquer ces mêmes procédures. La porte-parole Brigadier Athlenda Mathe a résumé la chose avec une économie de mots notable: aucun membre, quel que soit son grade, ne se situe au-dessus des cadres disciplinaires ni de la loi.
Ce qui demeure, c'est la matière. Et la matière est considérable.
Le profil financier documenté devant la commission Madlanga comprend un portefeuille immobilier estimé à 39 millions de rands, une trentaine de véhicules acquis en l'espace d'une seule année, et un salaire que les enquêteurs jugent incapable d'expliquer l'un ou l'autre de ces éléments. L'avocate chargée de présenter les preuves, Adila Hassim, a interrogé directement la cohérence entre les revenus déclarés de Khan et l'accumulation documentée de biens. Ce n'est pas une question rhétorique: c'est le cœur d'une ligne d'enquête qui reste ouverte.
Une affaire criminelle parallèle se poursuit devant le tribunal de première instance de Kempton Park. Elle prend racine dans un incident de mai 2021 à l'aéroport international OR Tambo, où Khan avait été arrêté aux côtés du major général Ebrahim Kadwa, responsable des Hawks au Gauteng, et de l'homme d'affaires Tariq Downes. Ce dernier aurait été interpellé en possession de 75,9 grammes d'or non traité. Downes avait soutenu mener une opération undercover. Les enquêteurs n'ont trouvé aucune trace d'une telle opération autorisée. L'accusation soutient que Khan et Kadwa sont intervenus pour obtenir la libération de Downes. Les trois hommes ont été mis en liberté sous caution de 20 000 rands chacun. Le dossier n'a pas encore été tranché.
Par ailleurs, la commission Madlanga a entendu d'autres témoignages sur le fonctionnement interne du renseignement criminel sous Khan. Le lieutenant-colonel Nkoana Joseph Sebola a déclaré que l'implication de Khan dans la saisie de cocaïne d'Aeroton en 2021 était irrégulière et qu'il était intervenu dans les enquêtes qui ont suivi. Des messages WhatsApp et des éléments extraits des appareils électroniques de Khan ont été présentés, alléguant qu'il aurait facilité l'attribution de marchés au profit du magnat du tabac Mohamed "Mo" Sayed. La commission a également entendu des allégations selon lesquelles Khan aurait transmis des informations policières confidentielles au dirigeant de l'EFF Julius Malema via Sayed, et aurait rédigé des questions parlementaires pour ce dernier. Malema a reconnu connaître Khan et avoir contacté Sayed après que Khan a été blessé par balle, mais a nié toute forme de protection ou d'interférence avec les processus parlementaires.
Le dossier comporte aussi un volet concernant Andrea Johnson, ancienne responsable de l'Investigating Directorate Against Corruption. Selon des témoignages entendus par la commission, Johnson aurait transmis à Khan un dossier policier de 2018 avant qu'il ne fournisse une déclaration d'avertissement, lui permettant de préparer sa défense à l'avance. Interrogée sur ces faits, Johnson a invoqué son droit de ne pas s'auto-incriminer, citant un dossier du parquet national en cours d'examen pour d'éventuelles poursuites.
La question des certificats médicaux produits par Khan pour justifier ses absences a également été soulevée. Hassim a signalé des incohérences dans les dates de certains documents. Le médecin de Khan aurait déclaré à la commission que le fils de Khan avait demandé des modifications de dates, aboutissant à des certificats antidatés. Khan avait été blessé dans une tentative d'assassinat à Johannesburg en juin, quelques jours avant une date de témoignage prévue (un calendrier dont ses adversaires juridiques ont pris acte sans pouvoir en tirer de conclusion formelle). Son absence a permis aux preuves présentées contre lui d'avancer sans contradictoire de sa part.
La commission a maintenu une précision constante sur ce point: les allégations contre Khan n'ont pas encore été testées. Il n'a pas témoigné devant l'enquête et n'a pas eu l'occasion de répondre à l'ensemble des accusations portées contre lui. La SAPS a indiqué qu'elle continuerait à respecter les décisions judiciaires et à fournir des informations supplémentaires sur la révocation dans la mesure permise par la loi.
La destitution administrative est donc un épilogue partiel. Les deux procédures, celle de la commission et celle du tribunal pénal de Kempton Park, restent ouvertes. La seule variable déterminante qui subsiste est de savoir laquelle parviendra la première à obtenir une réponse de l'intéressé, à supposer qu'une réponse soit jamais donnée.