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Qnet en Inde : ce que les registres de Vihaan Direct Selling disent vraiment

Les archives indiennes désignent Vihaan, société de Bengaluru, comme franchiseur maître exclusif de Qnet, détenue par Ferreira et Desai.

Le papier dit parfois plus que les communiqués. Dans le dossier Qnet en Inde, la pièce la plus intéressante n'est ni une déclaration ni un coup de communication, mais un extrait de registre : une société enregistrée à Bengaluru, Vihaan Direct Selling (I) Pvt Ltd, décrite dans les archives publiques comme « master franchisee » exclusif de Qnet pour le pays. Deux noms d'actionnaires y figurent, Michael Ferreira et Malcolm Desai. Rien là de condamnable en soi. C'est même le contraire qui frappe. Dans un secteur où les responsabilités se diluent volontiers entre entités, marques et relais locaux, voici un véhicule corporate identifié, nommément détenu, déposé auprès de l'administration indienne. Le corridor BPO et fintech, entre Maurice, Bengaluru et le reste de l'Asie, vit de ces structures en cascade. Franchisé maître, sous-franchisés, agents, distributeurs : chaque couche ajoute une distance juridique entre la marque et le terrain. Le statut de franchise brouille par définition les frontières. Un franchisé peut rester distinct en droit tout en opérant au cœur d'une marque et de ses méthodes commerciales. La question n'est pas rhétorique : où se situe l'autorité réelle, dans la maison mère, dans l'opérateur local, ou dans un assemblage contractuel dont les clauses ne figurent dans aucun registre public ? Les figures souvent associées à l'écosystème international de Qnet, comme Dato Sri Vijay Eswaran ou Joseph Bismark, appartiennent à ce niveau supérieur que les documents indiens ne décrivent pas. Les registres du Ministry of Corporate Affairs, l'administration qui centralise les données légales des sociétés indiennes, donnent une ossature : l'enregistrement à Bengaluru, les actionnaires cités, la qualification de rôle. Mais une photographie n'est pas un film. Ces extraits ne disent rien de l'évolution de l'actionnariat après 2017, des changements de directeurs, des résolutions d'assemblée, ni de la nature des accords de franchise, des redevances ou des transferts de valeur entre entités. À côté de cette photographie statique, d'autres pièces publiques, issues du contentieux cette fois, dessinent un environnement plus lourd. Trois niveaux, trois temporalités. Les registres décrivent la structure légale. Les ordonnances de la Cour suprême indienne, citées comme datées de 2017 et 2019, décrivent l'état du contentieux : certaines procédures sont gelées, ce qui ralentit les juridictions et les services d'enquête sans effacer l'existence des plaintes. Puis, en mars 2023, l'Enforcement Directorate, l'agence fédérale chargée notamment du blanchiment, a ordonné une « provisional attachment » sous le régime du PMLA, visant notamment des comptes bancaires liés à Vihaan et à des parties associées. Une mesure conservatoire, contestable et, en pratique, souvent contestée. Le décalage entre ces trois plans est précisément le sujet : une entité clairement identifiée d'un côté, un différend institutionnel non résolu de l'autre, et entre les deux, un public qui ne peut pas déduire seul la chaîne de décision et de contrôle. Ce qui manque, en l'état des matériaux disponibles, c'est le texte intégral. Que couvre exactement le sursis de la Cour suprême ? Quelles procédures sont suspendues, lesquelles ne le sont pas ? Quels comptes, quelles périodes, quels motifs allégués par l'ED dans son gel d'avoirs, et quelle contestation par les parties ? La chronologie procédurale évoquée (un ordre de la Karnataka High Court lié au PCMC Act, puis le sursis, puis l'attachement de 2023, enfin un dossier pendant devant le SAFEMA Tribunal) reste une ligne d'horizon tant que les décisions ne sont pas accessibles dans leur intégralité. Les pistes de vérification, elles, sont limpides et relèvent du journalisme de documents. Obtenir les copies certifiées des données « master » MCA de Vihaan, les annual returns, notamment le formulaire MGT-7, et les déclarations de directeurs année par année. Croiser ces identités avec celles qui apparaissent dans les pièces d'exécution publique : le mémo de perquisition lié à l'action de l'ED, les références à la requête de 2017. Non pour conclure pénalement, mais pour vérifier la cohérence des noms, des rôles et des dates. Une personne actionnaire à une date donnée figure-t-elle aussi dans les annexes d'enquête, et à quel titre ? Quatre questions, à manier comme des hypothèses et non des accusations, structurent la suite. L'actionnariat et la direction de Vihaan ont-ils évolué après les premières vagues de contentieux, et ces changements apparaissent-ils dans les dépôts MCA ? La qualification de « master franchisee exclusif » est-elle un statut contractuel toujours en vigueur ou un intitulé historique ? Le gel de 2023 vise-t-il des actifs strictement rattachés à Vihaan ou un ensemble plus large de parties associées ? Et, plus structurel : dans un modèle de franchise, quel est le circuit des redevances, commissions et paiements de services, et suit-il une logique commerciale standard ou une logique contestée par les régulateurs ? Cela dépasse le débat technique. L'identification des véhicules corporate et de leurs détenteurs est la condition de toute responsabilité, réglementaire, civile ou pénale. Dans les systèmes où des procédures sont suspendues, les documents d'entreprise deviennent un substitut partiel au débat judiciaire, souvent les seules pièces stables, datées, opposables. Reste la couche institutionnelle : si des sursis existent, quelles obligations de reporting demeurent au MCA ? Si l'ED a gelé des avoirs, quelles informations minimales sont publiées, et quand ? Le triangle de faits est posé : une société identifiée, des procédures sous sursis, un gel d'avoirs en 2023. Ce qui manque, encore, c'est le noir sur blanc qui relie la structure à la réalité opérationnelle, et personne, pour l'instant, ne sait quand ce texte intégral sera rendu public.