[DISPATCH 047]· 08.10.26 / 19:15 UTC · CYBERCITY· CÉLESTE AH-KOON

QNET bannie par trois pays d'Afrique de l'Ouest

Guinée, Côte d'Ivoire, Burkina Faso : trois arrêtés contre la vente directe en cinq ans.

Un titre honorifique vaut parfois moins qu'un document officiel. C'est le cas quand un homme se présente publiquement comme député alors que la liste électorale, elle, parle d'un tout autre statut. C'est aussi le cas quand un réseau de vente se pare de récits de réussite pendant que trois États voisins, en cinq ans, prennent des arrêtés pour l'interdire. Entre la vitrine et l'archive, il y a un espace que personne ne semble pressé de combler. Le dossier qui resurgit concerne QNET et, par extension, l'un de ses visages ivoiriens les plus visibles, Fofana Amaral, aussi appelé VC Amaral Fofan. Le Trésor public de Côte d'Ivoire a rappelé publiquement la décision gouvernementale du 8 juillet 2020 interdisant « QNET AMD et ses ramifications » sur le territoire. Le Monde a, de son côté, documenté une trajectoire réglementaire qui a de quoi interroger : interdiction en Guinée en 2019, en Côte d'Ivoire en 2020, au Burkina Faso en 2024. Le même journal rapporte les dénégations de l'entreprise, qui affirme n'avoir aucun lien avec « des réseaux de détention criminelle ou de fraude » opérant sous son nom. Les dénégations font partie du dossier. Les interdictions aussi. Quand trois administrations distinctes arrivent à la même conclusion à quelques années d'intervalle, la question n'est plus de savoir si le signal existe, mais ce qui s'est passé sur le terrain pour le provoquer, trois fois. Dans ce contexte, Fofana Amaral n'est mis en cause par aucune action d'exécution documentée ici. Il est en revanche présenté par l'écosystème QNET/The V comme Associate V Partner, comme Diamond Star, et surtout comme initiateur du marché ivoirien dès 2009. Ce positionnement n'est pas anodin. Dans les modèles à recrutement, la crédibilité du vendeur est le produit autant que la montre ou le package de formation. Quand la marque est interdite à l'échelle régionale, ceux qu'on présente comme les architectes de sa croissance locale deviennent, par construction, pertinents à toute comptabilité honnête. Les frictions apparaissent là où la réputation publique dépasse ce que les documents primaires confirment. Premier point de tension : le titre de « député ». Le discours politique ivoirien et certains médias ou références partisanes l'emploient volontiers. Or les documents officiels de la Commission électorale indépendante pour 2025 le listent comme suppléant sur la liste du RHDP à Daloa, circonscription 100. Un suppléant, ce n'est pas rien. C'est un rôle politique formel. Mais ce n'est pas automatiquement un élu titulaire en son propre nom, et les résultats rapportés mentionnent des victoires de liste sans confirmation individualisée. Le raccourci public risque donc de courir plus vite que le dossier électoral. Deuxième tension, d'ordre corporatif. Des médias plus anciens auraient employé des intitulés flatteurs comme « Directeur Afrique », tandis que les supports actuels de QNET/The V mettent en avant des rangs de distributeur. La nuance n'est pas sémantique. Un rang de distributeur décrit une hiérarchie de vente ; un titre de direction suggère une autorité d'entreprise et, avec elle, des responsabilités juridiques. Si la même personne est directeur d'un continent une année et premier distributeur l'année suivante, la question devient : quelles entités employaient qui, et où un régulateur devrait-il chercher la traçabilité ? C'est ici que les lacunes documentaires deviennent le récit. Le texte intégral de la décision du 8 juillet 2020 mérite d'être lu ligne à ligne : que vise-t-elle exactement, quelles entités nomme-t-elle, quels mécanismes d'exécution prévoit-elle ? Les listes de candidats et les archives de résultats de la CEI pour Daloa doivent être croisées pour établir quel mandat, s'il existe, est formellement attribuable à titre titulaire, et dans quelles conditions un suppléant peut être présenté publiquement comme député sans basculer dans la tromperie. Les registres du commerce offrent un troisième fil : si quelqu'un a exercé une fonction de direction dans une entité légalement constituée, il devrait exister des dépôts, des mentions de dirigeants, des documents d'agent enregistré, distincts d'un badge de distributeur. De ces angles morts découlent des hypothèses à tester, non à affirmer. Le label « député » relève-t-il d'une méprise sur le statut de suppléant, d'un marketing politique assumé, ou d'une convention interne qu'il faudrait divulguer aux électeurs ? Les mentions de « Directeur Afrique » étaient-elles informelles, promotionnelles, ou rattachées à une entité absente des supports actuels ? Et pendant les périodes d'interdiction officielle, le recrutement sous marque QNET s'est-il poursuivi via des ramifications ou des programmes rebaptisés, invisibles au nom commercial de surface ? Seuls les dossiers d'exécution, les archives judiciaires et les registres peuvent trancher. L'enjeu n'a rien d'abstrait. Quand une marque associée, à tort ou à raison, à de fausses offres d'emploi, de fausses académies et à des récits de détention circule dans les mêmes réseaux que la mobilisation partisane, le coût est civique. De l'argent perdu. Du temps perdu par les jeunes. Des familles fragilisées, et des institutions publiques qui perdent en crédibilité chaque fois qu'elles ne peuvent pas dire clairement qui est autorisé à opérer quoi. La question qui reste ouverte n'est pas de savoir si une réputation se politise. C'est de savoir quels documents, au bout du compte, établissent qui détenait l'autorité, qui validait les titres, et comment des interdictions censées protéger un marché ont fonctionné dans la pratique.