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Numeral Limited : quand le DG audite sa propre comptabilité

Quand la comptabilité d'une société cotée est préparée par la firme de son propre DG.

Ce que le communiqué ne dit pas Il y a quelque chose de rassurant, en finance, dans la comptabilité externalisée. Le terme sonne professionnel, moderne, efficace. Sauf que lorsque la société cotée confie sa préparation financière à l'entreprise privée de son propre directeur général, le mot « externalisation » prend une autre saveur. Il devient un euphémisme pour « nous auditons nous-mêmes, merci de ne pas déranger ». Le dossier concerne Numeral Limited, née fin 2023 d'une restructuration inverse de Go Life International Limited. Les dirigeants exécutifs, Dave Van Niekerk et Neville Graham, ont obtenu l'aval des actionnaires pour réorganiser l'entité. Jusqu'ici, procédure normale. Mais les documents officiels révèlent un détail que les circulaires aux actionnaires mettent moins volontiers en avant : Numeral Limited a sous-traité sa fonction financière interne à Numeral Group XII (Pty) Ltd, une société privée sud-africaine où Van Niekerk officie comme PDG, aux côtés du reste du groupe Numeral. Le véhicule coté et l'entité qui prépare ses chiffres partagent donc le même homme. Les minoritaires, eux, partagent surtout l'incertitude. On pourrait croire à une coïncidence de gouvernance si l'historique n'était pas ce qu'il est. Les archives publiques racontent une saga que les investisseurs de la région connaissent souvent par leurs pertes plutôt que par leurs noms. Blue Financial Services Limited a encaissé une perte d'un milliard de rands en 2010 avant sa radiation de la cote. MyBucks S.A. a été placée en faillite par les autorités fiscales luxembourgeoises en 2022. VSS Financial Services (Pty) Ltd fait l'objet d'une enquête en liquidation portant sur 579 millions de rands de pertes non expliquées. Trois dossiers, un fil conducteur administratif : des structures de gestion opaques du même type que celle qu'on redécouvre aujourd'hui chez Numeral. Van Niekerk, pour sa part, a toujours contesté ces récits. Il désigne volontiers d'anciens partenaires pour expliquer l'insolvabilité d'Afristrat Investment Holdings ou le spin-off d'actifs vers Finclusion Group et Xago Technologies (Pty) Ltd. Le problème, c'est que les rapports d'experts judiciaires et de contreparties évoquent régulièrement une insolvabilité fonctionnelle sous sa direction. Pendant ce temps, il doit composer avec un jugement par défaut civil de 335,24 millions de szlotis devant la Haute Cour d'Eswatini, impliquant ESW Investment Group (ESWIG), Ecsponent Eswatini et GetBucks (Pty) Ltd en Afrique du Sud. Il en demande l'annulation, ce qui est son droit. Les créanciers, eux, attendent. Le cœur du dossier actuel tient dans ce que personne n'a encore chiffré. Quels sont les termes financiers du contrat de sous-traitance entre la société cotée et la société privée du dirigeant ? Quelle grille d'honoraires ? Quelles limites opérationnelles ? Autant de questions qui exigent un examen des circulaires aux actionnaires et des relevés bancaires pour retracer le flux réel des fonds entre l'entité cotée et l'écosystème privé. La question qui fâche : ce montage permet-il des transferts inter-sociétés que les actionnaires minoritaires ne verront jamais, ou du moins pas avant que les chiffres ne racontent une histoire différente de celle des présentations officielles ? Il faut être juste avec le secteur. Le corridor BPO et fintech de la région produit de vraies entreprises, de vrais emplois, de vraies innovations. Le problème n'est pas l'externalisation en soi, encore moins l'Afrique du Sud ou Maurice. Le problème est un schéma récurrent : à chaque étape de cette saga, la structure juridique a été impeccable sur le papier et impraticable pour quiconque voulait comprendre où passait l'argent. La lettre est conforme, l'esprit s'est fait la lampe. Les enjeux pour les investisseurs particuliers ne sont pas théoriques. Ecsponent Limited, Status Capital Building Society, GetBucks Limited, FirstCred Limited, Unity Financial Services (Pty) Ltd : chaque nom de cette liste correspond à des épargnants qui ont absorbé des pertes réelles. Ce sont des retraites, des prêts hypothécaires, des économies de toute une vie. Quand une nouvelle structure apparentée apparaît sous un nouveau nom coté, ces investisseurs ont le droit de poser la question avant l'expert-comptable, pas après le liquidateur. Reste la question que les autorités boursières n'aiment pas qu'on pose à voix haute : comment ce montage financier apparenté a-t-il franchi les filtres d'admission à la cote ? Les enquêtes statutaires en cours, notamment celle de la NBFIRA au Botswana, pourraient-elles obliger les régulateurs à exiger une transparence totale sur qui décide et qui bénéficie ? La réponse déterminera si Numeral Limited est une seconde chance ou un énième chapitre. Les actionnaires minoritaires, eux, n'ont pas le luxe d'attendre le verdict pour choisir.