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Nanda Kistnen, l'ombre fidèle de sir Gaëtan Duval, s'éteint à 71 ans

Décédé à Mumbai à 71 ans, il fut pendant des décennies le collaborateur discret et indispensable du leader du PMSD.

Nanda Kistnen était présent. C'est le fait le plus simple, et peut-être le plus juste, pour commencer à dire qui il était. Présent à la résidence de sir Gaëtan Duval. Dans le cabinet d'avocat au centre de Port-Louis. Dans les bureaux ministériels. Au Champ-de-Mars, où il s'occupait notamment des chevaux de son leader. Cette présence constante, discrète, fonctionnelle, constituait l'essentiel de son engagement. Il occupait quelque chose de rare dans la vie publique mauricienne : le centre silencieux d'un réseau humain, le point fixe autour duquel gravitaient les décisions et les visiteurs sans que son nom figure jamais dans les comptes rendus officiels. Kistnen est décédé lundi dernier à Mumbai, à l'âge de 71 ans, après une longue maladie. Ses funérailles se tiendront là-bas. Né en 1955, il avait consacré l'essentiel de sa vie active à une forme d'engagement que ses équivalents contemporains en open space de Cybercity auraient du mal à nommer avec précision dans un organigramme. Il accompagnait sir Gaëtan Duval à la cour, participait à la préparation des dossiers juridiques, accueillait les visiteurs, tenait le lien entre le leader du PMSD et tous ceux qui souhaitaient le consulter. Me Olivier Barbe le résume avec une économie de mots qui dit beaucoup : un "fidèle lieutenant". Ce qualificatif, dans la culture politique mauricienne de cette époque, n'était pas un titre honorifique creux. C'était une fonction réelle, exigeante, non rémunérée en termes de visibilité publique. Il faisait partie du cercle rapproché de sir Gaëtan Duval, aux côtés de Baron, de Nicol François et d'autres. Un cercle qui fonctionnait selon des règles de loyauté personnelle que les structures organisationnelles actuelles, avec leurs processus d'escalade et leurs matrices de responsabilité, ne savent plus ni produire ni reconnaître. Sur le plan formel, sa trajectoire dans le PMSD avait été jalonnée d'engagements concrets. Élu conseiller municipal, il avait assuré les fonctions de commissaire administratif de Port-Louis entre 1979 et 1982, puis occupé le poste de secrétaire général du parti. Il s'était présenté aux élections générales de 1986-1987 dans la circonscription de Rose-Hill, sans réussir à accéder au Parlement. Il avait alors continué, sans chercher les projecteurs, demeurant proche de la famille politique de sir Gaëtan Duval. Plus tard, il avait embrassé la profession d'avocat et s'était impliqué dans les activités immobilières. Une reconversion patiente, construite sur des décennies d'expérience administrative et politique, capitalisée à partir des années passées au service d'un homme lui-même juriste de formation. Ce parcours n'est pas anodin dans une île où l'accès aux réseaux décisionnels a longtemps conditionné l'accès aux opportunités économiques, bien avant que le terme "networking" ne soit importé dans les présentations PowerPoint des incubateurs de Moka. Ce que Kistnen représente, à distance, c'est une forme d'intelligence institutionnelle qui ne laisse pas de trace numérique, ne remplit pas de fiche de poste, et pourtant structure des écosystèmes entiers. Les corridors BPO et fintech de Cybercity reposent aujourd'hui sur des frameworks, des processus documentés, des certifications ISO et des contrats de service blindés. L'ancien modèle reposait sur autre chose : la confiance personnelle, la présence constante, la capacité à filtrer et à connecter sans jamais revendiquer le résultat. Les deux logiques coexistent encore à Maurice, mais l'une d'elles s'efface à chaque décès annoncé comme celui-ci. Par contraste, la génération que Kistnen incarnait avait fait du PMSD de sir Gaëtan Duval une école singulière, celle de la conviction et du service de long terme. Ce n'est pas une leçon de nostalgie. C'est un constat sur ce qui se perd quand une mémoire vivante disparaît : non pas les grandes décisions, soigneusement archivées dans les journaux officiels, mais la texture des interactions, la façon dont les dossiers circulaient, la manière dont les conflits se résolvaient avant d'atteindre la table de négociation formelle. Combien reste-t-il de témoins directs de cette époque, de cette génération formée dans les antichambres de Port-Louis plutôt que dans les salles de conférence climatisées d'Ébène ? La réponse est, de toute évidence, de moins en moins nombreux, et chaque disparition referme un peu plus une porte que personne n'a songé à documenter.