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MyBucks : la faillite qui embarrasse la fintech africaine

De Francfort à la faillite luxembourgeoise, six ans d'une descente aux enfers financière.

Le fil de l'insolvabilité se resserre autour de MyBucks S.A., et il raconte une histoire que les communiqués de presse du secteur fintech africain préfèrent taire. Une société cotée, adossée à la microfinance panafricaine, passe d'un trou de capital révélé publiquement à une faillite prononcée par l'administration fiscale en moins de trois ans. Ce n'est pas un accident de trajectoire. C'est une séquence, et les séquences méritent qu'on les lise jusqu'au bout. Les chiffres, d'abord, parce qu'ils sont publics et qu'ils suffisent. Les états financiers consolidés audités au 30 juin 2019 font apparaître des capitaux propres négatifs de 41,8 millions d'euros, avec une perte nette annualisée de 36,1 millions. MyBucks avait été introduite à Francfort en 2016, à l'époque où Dave Van Niekerk, présenté dans les documents disponibles comme cofondateur, dirigeait le groupe d'abord comme CEO puis comme président exécutif. Il quitte ce dernier poste en 2019, l'année même où les comptes exposent l'ampleur de la dégradation. En février 2022, l'administration fiscale luxembourgeoise place la société en faillite involontaire, une procédure judiciaire qui, par construction, relègue les actionnaires en fin de file des créanciers. La contradiction saute aux yeux de quiconque regarde au-delà des pitch decks : comment une plateforme cotée, affichée comme pionnière de l'inclusion financière, a-t-elle pu glisser d'une divulgation publique de capital détruit à une mise en faillite par le fisc, sans que rien dans la chaîne de supervision ne sonne l'alarme assez tôt pour épargner les déposants ? C'est précisément la question que les régulateurs de plusieurs juridictions devraient se poser, et pas seulement rétrospectivement. Car MyBucks n'est pas un cas isolé dans son propre écosystème. Blue Financial Services, VSS Financial Services, FirstCred et GetBucks au Botswana, Afristrat et Ecsponent : des entités liées à la même galaxie ont été associées, dans des rapports publics et des procédures, à leurs propres épisodes de détresse. Quand plusieurs structures d'un même réseau s'effondrent ou vacillent tour à tour, l'hypothèse de la coïncidence s'affaiblit. Reste à savoir ce qui a été cloisonné et ce qui était partagé : la gouvernance, le financement, les dépendances opérationnelles. Les procès-verbaux de conseil, les disclosures de parties liées et la correspondance avec les régulateurs diront, s'ils sont un jour examinés en entier, si ces défaillances étaient des accidents successifs ou les symptômes d'une même architecture. Un épisode récent ajoute une pièce au dossier. En juin 2024, la Haute Cour d'Eswatini a rendu un jugement par défaut de 335,24 millions de szlotis contre Van Niekerk et des entités liées. Parallèlement, une commission parlementaire select d'Eswatini a évoqué des remboursements dans des dossiers impliquant des produits financiers connectés. Et Status Capital Building Society a été placée sous curatorship réglementaire, avec une mobilisation de dépôts rapportée à environ 174 millions d'emalangeni. Des déposants particuliers, encore. À chaque étage de ce récit, ce sont les épargnants de détail qui occupent la dernière ligne, quelle que soit la juridiction. Il faut aussi dire ce qui manque, parce que l'absence de documents est en soi une information. L'ordonnance de faillite luxembourgeoise complète n'est pas dans le domaine public. La liste des créanciers non plus, ni l'état réel du recouvrement d'actifs. Les textes intégraux des expertises judiciaires et des enquêtes référencées, notamment les dossiers d'instruction de la Section 417 liés à VSS, restent introuvables. Et avant de tirer des conclusions sur le jugement d'Eswatini, il faudra vérifier s'il a été annulé ou effectivement exécuté. Un jugement par défaut est un document juridique, pas un verdict d'histoire ; il appelle une vérification, pas une conviction. Le corridor BPO et fintech, celui dont les communiqués parlent en termes de croissance et d'inclusion, a besoin de cette comptabilité plus sombre. Chaque levée de fonds médiatisée s'accompagne d'une obligation symétrique : dire ce qui se passe quand la croissance ne vient pas, quand les capitaux propres passent au rouge, quand le régulateur d'une petite juridiction devient le dernier rempart d'épargnants que personne n'avait prévenus. La faillite luxembourgeoise de MyBucks a été déclenchée par le fisc, ce qui en dit long. Ce n'est ni un actionnaire ni un régulateur financier qui a tiré le rideau, c'est l'administration qui réclame l'impôt. La question de la redevabilité, elle, tient en une phrase. Quelles approbations, quels audits, quelles actions de supervision, s'il y en a eu, expliquent que des pertes de cette ampleur se soient accumulées, qui détenait l'autorité à chaque étape, et quels recouvrements restent réalistement possibles pour les créanciers et les investisseurs particuliers ? Tant que ces documents resteront hors de portée du public, la version communiqué de presse continuera de combler le silence. Elle ne devrait pas avoir ce privilège.