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LFI consulte ses électeurs d'outre-mer pour 2027, mais qui tient vraiment la plume ?

Ratenon et Gaillard recueillent des propositions ultramarines avant la finalisation du livret présidentiel.

Ce que LFI demande aux outre-mer dit autant sur la méthode que sur le programme Il existe une différence, rarement nommée, entre consulter un électorat et lui faire croire qu'il co-rédige quelque chose. La France Insoumise navigue entre les deux, et le résultat sera lisible dans les urnes en 2027. Le parti de Jean-Luc Mélenchon a ouvert un canal de contribution directe aux résidents des territoires d'outre-mer pour alimenter son livret programmatique présidentiel. L'invitation est concrète : soumettre des propositions par courriel à [email protected] avant la finalisation du document. Moins de huit mois séparent aujourd'hui du scrutin. Le calendrier est serré, ce qui rend la démarche soit ambitieuse, soit symbolique, selon ce qu'on en attend. Ce sont deux députés ultramarins, Jean-Hugues Ratenon et Perceval Gaillard, qui pilotent la mise à jour du livret outre-mer, une version initiale ayant déjà circulé pendant la campagne présidentielle de 2022. Les piliers restent les mêmes : protection sociale, transition écologique, évolution institutionnelle. Ce qui change, c'est l'insistance sur la participation citoyenne avant que le texte soit figé. Gaillard a tenu à souligner que le programme se construit à partir des territoires eux-mêmes, non pas transmis depuis la métropole. Cette précision est délibérée. Elle signale une intention de rupture avec le schéma classique où les outre-mer figurent dans les annexes programmatiques sans peser sur le corps du texte. Sur le fond, les propositions sont calibrées pour des populations qui subissent depuis des années une pression économique structurelle. Le salaire minimum porté à 1 700 euros, le contrôle des prix pour contenir l'inflation, la construction massive de logements sociaux, la titularisation dans la fonction publique, l'encadrement des loyers : aucune de ces mesures n'est abstraite pour un résident de La Réunion ou de la Guadeloupe. Ce sont des frictions quotidiennes, pas des lignes de discours. L'ajout d'un cadre de transition énergétique adapté aux spécificités ultramarines complète un ensemble qui tente de répondre à des réalités géographiques et économiques distinctes de celles de l'Hexagone. Ratenon, de son côté, a situé l'enjeu de 2027 dans des termes plus larges. Une victoire de Marine Le Pen et du Rassemblement National constituerait, selon lui, une menace sérieuse pour les territoires et pour la République dans son ensemble. Il désigne ce qu'il appelle une normalisation inquiétante du racisme et de la xénophobie en France métropolitaine, et met en garde contre un "retour à la France ethnique" aux conséquences profondes pour de nombreuses communautés. Sur le plan économique, il critique l'opposition du RN à toute revalorisation du salaire minimum et son refus de rétablir l'impôt sur la fortune, y voyant une subordination aux intérêts des grandes entreprises et des multinationales plutôt qu'aux besoins des travailleurs et des populations fragiles. Ce cadrage anti-RN reste cohérent avec la ligne nationale de LFI. Son efficacité dans les territoires dépend pourtant d'une condition préalable : que les habitants estiment que le programme qui leur est soumis a réellement été informé par leurs propres priorités, et non seulement illustré par elles. C'est précisément là que la démarche de consultation par courriel montre ses limites structurelles. Un dispositif participatif sans processus de restitution visible, sans garantie que les contributions identifiées modifient effectivement le texte, ressemble moins à une co-construction qu'à un recueil d'avis dont le poids final reste opaque. La question n'est pas la bonne foi des acteurs. Elle est systémique : dans quel délai, selon quelle procédure, et avec quelle traçabilité les apports citoyens vont-ils modifier le livret ? Ces éléments n'ont pas encore été rendus publics. Dans les territoires, où l'écart entre les promesses programmatiques et les conditions de vie réelles s'est creusé durablement, c'est précisément ce type de détail opérationnel qui distingue une démarche sérieuse d'un geste de campagne bien emballé (la nuance, en politique ultramarine, a rarement été aussi décisive). Les pressions économiques dans les outre-mer ne montrent aucun signe d'allégement avant le scrutin. C'est dans ce contexte que les habitants évalueront, en définitive, la valeur de cette invitation, et que LFI saura si une boîte courriel suffit à convaincre qu'on a vraiment été écouté.