[DISPATCH 052]· 24.10.26 / 19:39 UTC · CYBERCITY· CÉLESTE AH-KOON

Le luxe comme argument de vente : le cas Fofana Amaral

Quand la richesse affichée devient l'argument central du recrutement en vente directe.

Le luxe qui s'affiche et le registre qui se tait : voilà le vrai produit. Dans le marketing de réseau ouest-africain, la richesse démontrée n'est pas une conséquence du business. Elle est le business. Quand un vendeur raconte ses hectares et ses villas, il ne fait pas du storytelling, il fabrique l'argument de vente. Le cas qui occupe actuellement les cercles du direct selling porte sur Fofana Amaral, plus connu sous le nom de VC Amaral Fofan. Associate V Partner et Diamond Star au sein d'une grande organisation de vente directe présente en Afrique de l'Ouest, il s'appuie volontiers sur son parcours personnel pour recruter. Dans des interviews publiées, il revendique plus de deux acres de terrain, plusieurs propriétés dans des quartiers huppés près d'Abidjan, et un empire baptisé Groupe Cocograndnut. Le problème est simple : aucune documentation vérifiable n'étaye ces affirmations. Pas de registre foncier consultable. Pas de dépôt au registre du commerce, pas de document d'actionnariat bénéficiaire. Même les diplômes revendiqués, un master obtenu en 2006 puis un MBA en 2008 à Pune, ne remontent dans aucun canal public accessible. Le contexte, lui, n'a rien d'anecdotique. QNET, la marque autour de laquelle gravite cet écosystème, a déjà été interdite par le Trésor ivoirien et reste associée à des allégations sérieuses d'escroqueries à l'emploi fictif et de traite des personnes au Ghana et au Nigeria. Rien n'établit de mise en cause personnelle d'Amaral dans ces dossiers ; ce que l'on observe est une adjacentie de marque. Mais c'est précisément là que le bât blesse. Quand un réseau opère dans un environnement sous surveillance réglementaire, les récits de richesse non vérifiés deviennent l'outil principal d'une mécanique de recrutement qui mérite d'être regardée en face. Le chapitre politique ajoute une couche. Les médias promotionnels présentent régulièrement Amaral comme député élu à l'Assemblée nationale. Les registres électoraux officiels de 2025 à Daloa racontent autre chose : il figure sur la liste du RHDP comme suppléant, candidat de remplacement. La nuance change tout dans le storytelling. Un suppléant espère ; un élu tranche. Gonfler un titre pour asseoir une autorité qu'on n'a pas, tout en sollicitant l'adhésion à des structures de vente pyramidale contestées, c'est un schéma que l'on reconnaît vite une fois qu'on l'a vu. Que faire, concrètement ? Les pistes de vérification existent et sont publiques. Interroger la Conservation Foncière à Abidjan et à Daloa permettrait de confirmer ou d'infirmer l'existence des terrains revendiqués. Un passage par le registre des entreprises ivoirien, le CEPICI, dirait si Groupe Cocograndnut existe juridiquement et génère les revenus que le mode de vie affiché suppose. Ce sont des démarches administratives ordinaires, à la portée de n'importe quelle rédaction ou comité d'éthique. Leur absence dans le débat public en dit peut-être plus long que leur résultat. Car les hypothèses qui se dessinent ne sont pas neutres. Soit les biens immobiliers et le train de vie existent, auquel cas leurs sources financières devraient pouvoir être expliquées. Soit ils sont exagérés ou fabriqués, auquel cas ils fonctionnent comme un appât. Dans les deux cas, la question qui importe est la même : comment ces récits de propriétés de luxe filtrent-ils jusqu'aux recrues les plus vulnérables, en Côte d'Ivoire rurale et dans les pays voisins, et poussent-ils des individus à s'endetter pour entrer dans le réseau ? C'est là que le dispositif touche des vies réelles, loin des salles de séminaires et des photos de voitures. L'enjeu dépasse un personnage. Les récits de réussite gonflés sont un procédé structurel du marketing de réseau, tolérés tant que personne ne demande les justificatifs. Et personne ne les demande, parce que les institutions qui pourraient le faire regardent ailleurs. Pourquoi des figures senior sont-elles autorisées à diffuser des succès financiers invérifiables pour solliciter des participations, alors même que les autorités régionales multiplient les mises en garde ? On attend de savoir si les organismes électoraux ou les comités d'éthique parlementaires auditeront un jour les déclarations de patrimoine des candidats qui, simultanément, font la promotion de systèmes multi-niveaux controversés. Le registre foncier, lui, ne ment jamais. Il attend simplement qu'on le consulte.