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La Réunion fixe son prix : l'UFP soumet ses conditions économiques avant la présidentielle
L'UFP réunionnaise exige des garanties économiques concrètes avant d'accorder son soutien à tout candidat.
Un territoire qui pose ses conditions
Ce qui se passe à La Réunion huit mois avant la présidentielle n'est pas une déclaration d'intentions. C'est un appel d'offres.
Le dimanche 30 août 2026, l'Union des forces progressistes a tenu sa rentrée politique avec, en ligne de mire directe, l'élection présidentielle. La coalition, qui se présente elle-même comme "première force politique de l'île", a réuni un plateau d'élus pour produire quelque chose d'assez inhabituel dans l'écosystème politique français : un cahier des charges formulé avant tout engagement de soutien, structuré autour de critères économiques concrets, et adressé à tous les candidats sans distinction de famille politique, à une exception près dont on parlera.
Huguette Bello, présidente de la Région Réunion et figure de proue du PLR (Pour La Réunion), a posé le cadre avec une économie de mots qu'il serait dommage de résumer davantage. "Nous regarderons avec beaucoup d'attention les programmes des candidats pour voir s'ils correspondent à ce que les Réunionnais veulent pour la jeunesse, les services publics, les énergies renouvelables, la souveraineté alimentaire", a-t-elle déclaré, avant d'ajouter que la situation du territoire, traversée par le chômage et le mal-logement, commandera la décision finale. Ce n'est pas une posture. C'est une grille d'évaluation, avec des rubriques identifiées et un jury constitué.
Ce qui rend la séquence intéressante, au-delà du calendrier électoral, c'est précisément la nature des critères retenus. Les élus présents, parmi lesquels Patrick Lebreton, Karine Lebon, Frédéric Maillot, Emmanuel Séraphin, Jean-Hugues Ratenon et Evelyne Corbière-Naminzo, ont chacun pris la parole pour cartographier les fractures économiques du territoire. Chômage structurel, mal-logement chronique, coût de la vie hors de portée pour une part significative de la population : le diagnostic est partagé, répété, et présenté non comme une plainte mais comme un référentiel de jugement.
C'est Alexis Chaussalet, maire du Tampon et affilié à La France Insoumise, qui a articulé la logique avec le plus de netteté. Sur la transition climatique et la souveraineté alimentaire, il a refusé de les ranger dans la catégorie environnementale pour les traiter comme des enjeux économiques vitaux. "On voit que la sécheresse a un impact direct sur tous les agriculteurs, on voit avec la canicule que la France hexagonale a connu, que les changements climatiques sont là, et changent concrètement la vie des gens. Soit on prend en compte ce problème tout de suite, soit on vit à la remorque, et derrière on va payer les conséquences", a-t-il dit. Ce recadrage mérite attention : il transforme un sujet souvent traité comme symbolique en variable budgétaire et productive.
Sur la méthode, Chaussalet a revendiqué une priorité des programmes sur les personnes. "Mon but, ce n'est pas de mettre la personne avant les idées." Il a résumé l'enjeu de la matinée avec une formulation qui dit ce qu'elle veut dire : "La question ce matin, c'est de savoir quel projet nous portons pour l'avenir de notre territoire, pas seulement quel candidat nous soutenons." Il a réclamé "un programme et un projet de rupture totale" sur l'emploi, la vie chère et la transition écologique.
Une seule exclusion a été formulée sans condition : aucun soutien ne sera accordé à l'extrême droite, "qui ne respectera jamais vraiment les droits de l'Homme", selon les termes employés lors de la réunion.
Pour quiconque suit les dynamiques des territoires ultramarins dans leur rapport aux cycles économiques nationaux, ce positionnement collectif envoie un signal qui dépasse le jeu partisan habituel. Un candidat qui voudrait l'appui réunionnais devra produire des réponses précises sur la compétitivité agricole, la politique énergétique locale et les mécanismes de soutien à l'emploi. Les vœux pieux et les formules générales sur l'égalité des territoires ne suffiront pas à satisfaire un jury qui a pris soin de définir ses critères avant même que les campagnes ne soient officiellement lancées.
Ce qui reste ouvert, à huit mois du scrutin, c'est la question de savoir si un quelconque programme présidentiel sera suffisamment précis, suffisamment ancré dans les réalités productives d'un territoire insulaire, pour mériter une décision favorable de la part d'une coalition qui a, pour l'instant, soigneusement évité de se prononcer sur des noms.