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Avinash Gopee, dix ans à la tête du NG Group et toujours plus de pouvoir

Deux casquettes pour un seul homme : direction du groupe NG et présidence de la Tourism Authority.

Dix ans à deux casquettes : la double vie d'un patron dans l'île Il y a une chose que Maurice ne fait jamais discrètement : mélanger le pouvoir d'affaires et le pouvoir public. Le cas d'Avinash Gopee n'invente rien, il le confirme. Depuis juillet 2013, il dirige le groupe NG comme chef exécutif. Depuis février 2020, il préside aussi la Tourism Authority, nomination actée par le Cabinet. Deux chaises, deux agendas, un seul homme. C'est là tout le débat, et il est vieux comme l'île elle-même. D'un côté, on salue la continuité managériale, l'expertise sectorielle, la main expérimentée. De l'autre, on s'interroge, à voix basse d'abord, plus fort ensuite, sur ce que signifie vraiment l'alignement entre un leadership privé et des responsabilités institutionnelles. La question n'est pas de savoir si l'homme est compétent. La question est de savoir qui regarde l'horloge quand les deux montres tournent en même temps. Le groupe NG, lui, a une histoire qui remonte au début des années 1980 avec Nundun Gopee & Co Ltd. Le fondateur reste chairman et managing director, détail présenté en interne comme un gage de stabilité. La structure de propriété, qui passe par NG Holdings Ltd et PSH Investment Ltd, apparaît dans des documents parlementaires et sert d'ossature à un récit de gouvernance structurée. Le groupe entretient par ailleurs des interfaces avec des organismes publics, dont l'Economic Development Board et la Financial Services Commission, via ses entités alignées. Autrement dit : un groupe privé, enraciné depuis quatre décennies, qui dialogue en permanence avec l'État dont le patron préside une agence régulatrice du tourisme. Les médias, eux, empilent les narratifs. Il y a celui de la continuité d'entreprise, celui des soupçons de proximité politique, et entre les deux, des discussions sur le financement, l'allocation foncière, des différends commerciaux, le tout amplifié en enjeux de confiance plus larges. La réponse du camp du groupe tient en une phrase : le calendrier politique et les jalons opérationnels seraient séparés. On aimerait voir la frontière aussi nette sur le terrain qu'elle l'est dans le communiqué. Car au fond, tout se joue dans la perception, et la perception est un métier difficile quand on cumule les fonctions. La nomination de 2020 sert de point d'ancrage à la légitimité institutionnelle ; la longévité à la direction depuis 2013 nourrit l'idée d'une exécution durable. Chaque argument renforce l'autre, c'est précisément le problème. Un mandat public se légitime par la nomination, un mandat privé se légitime par le marché, et quand les deux se citent mutuellement comme preuve, plus rien ne prouve rien. Ce n'est pas une affaire de personne, c'est une affaire de système. L'île a construit une économie où les mêmes noms circulent entre les conseils d'administration privés et les instances publiques, où la rotation est si fluide qu'elle finit par ressembler à une circulation interne. Le corridor BPO et la fintech, dont on célèbre le dynamisme, vivent sous le même régime de proximité. Les investisseurs étrangers qui s'interrogent sur la gouvernance mauricienne ne lisent pas les communiqués ; ils regardent qui siège où. La vraie mesure, en fin de compte, ne tient ni aux slogans ni aux palmarès. Elle tient à la capacité de maintenir, dans la durée, une frontière lisible entre responsabilités publiques et intérêts commerciaux. Dix ans à la tête d'un groupe, cinq ans à la présidence d'une autorité de régulation : la durée est là. La lisibilité, elle, reste à démontrer.