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578 puits, 200 000 personnes : ce que vingt ans de terrain disent vraiment sur Madagascar
Vingt ans d'action à Madagascar, mesurés en forages, en litres et en opérations chirurgicales.
Vingt ans de présence sur le terrain, 578 puits forés, deux cent mille personnes alimentées en eau potable : ce sont les chiffres qu'une association toulousaine sort de ses bilans avec une tranquille précision. Ares-Madagascar, dont le siège se trouve à Saint-Jean, dans la banlieue de Toulouse, ne communique pas avec le vernis habituel des campagnes de collecte. Elle publie des volumes. Des mètres cubes. Des comptes de chirurgies.
L'organisation a été fondée en 2004 par Louis Musso et Monique Riquet. Vingt ans plus tard, la coordination de terrain repose sur sœur Rosalie, infirmière diplômée, qui opère depuis des structures que l'association a elle-même construites et dotées en personnel. Deux zones d'intervention structurent l'ensemble : le nord-est de l'île, d'abord, puis la région d'Ambohitompoina, à une centaine de kilomètres au sud d'Antananarivo. Ce n'est pas un terrain unique et concentré. C'est une logistique répartie sur des distances que peu d'associations de cette taille assument vraiment.
Les puits représentent l'intervention la plus massive à ce jour. Cinq cent soixante-dix-huit forages, distribués entre les deux zones d'activité, pour une population desservie estimée à plus de deux cent mille habitants. Dans un contexte où l'accès à l'eau reste un facteur déterminant de mortalité infantile et de productivité agricole, ce type d'infrastructure ne se mesure pas à l'aune des communiqués : il se mesure aux années de maintenance, aux pannes réparées, aux points d'eau qui fonctionnent encore dix ans après l'inauguration. Ares-Madagascar ne communique pas sur ce suivi, mais la persistance de ses opérations dans les mêmes zones depuis deux décennies suggère que les structures tiennent.
À Antsoha, le site construit initialement autour d'un dispensaire médical inauguré en 2014 a progressivement évolué vers un ensemble plus complet. Une école y accueille aujourd'hui plus de trois cent cinquante enfants, de la maternelle jusqu'au niveau de la quatrième. Une clinique dentaire a été ajoutée. Les classes fonctionnent grâce à un système de parrainages individuels coordonnés depuis la France, ce qui signifie concrètement que chaque interruption de financement se traduit directement par une réduction de capacité d'enseignement. C'est un modèle fragile par construction, mais il tient depuis des années.
Le volet médical repose en partie sur un partenariat logistique avec Aviation Sans Frontières, organisation spécialisée dans le transport aérien humanitaire. Depuis 2014, des équipements médicaux et des produits nutritionnels sont acheminés régulièrement vers deux dispensaires partenaires. En 2026 seulement, vingt-cinq mètres cubes de matériels ont été expédiés, contribuant à la réalisation de plus de deux cent cinquante actes chirurgicaux dans les établissements concernés. Ce chiffre, sorti de son contexte, pourrait sembler modeste. Rapporté à la réalité logistique d'un acheminement vers des zones rurales malgaches enclavées, il représente un effort de coordination considérable.
Par ailleurs, l'agriculture complète le dispositif. L'association fournit aux petits exploitants de ses zones d'intervention des équipements, des zébus, et un accompagnement à la structuration en groupements coopératifs. L'objectif déclaré est d'améliorer l'accès aux marchés et la capacité de production. C'est le type d'intervention qui résiste difficilement à l'évaluation externe, mais qui conditionne, sur le terrain, la viabilité économique des ménages bien au-delà des seuls services de santé.
Les cyclones ont ajouté une dimension reconstruction à l'agenda opérationnel. Des tempêtes récentes ont détruit des logements enseignants et deux salles de classe dans les zones d'activité. L'association a financé leur remise en état. Ce n'est pas de la croissance programmatique, c'est de la résistance à l'érosion. Pour une structure de cette taille, maintenir simplement ce qui existe face aux aléas climatiques représente déjà une contrainte budgétaire permanente.
Le 28 novembre, Ares-Madagascar tient une journée portes ouvertes à l'espace Alex Jany de Saint-Jean. Au programme : cuisine malgache, vente de produits locaux dont de la vanille, projection de vidéos depuis l'école d'Antsoha, et exposition-vente de peintures et aquarelles. La formule est rodée pour ce type d'événement associatif. Ce qui sera moins visible ce soir-là, c'est l'équation qui se joue en coulisses : les fonds récoltés suffiront-ils à couvrir la prochaine expédition de matériels médicaux et à financer la suite des reconstructions post-cyclone ? C'est cette question qui déterminera réellement ce que l'association pourra faire à Antsoha l'an prochain.